mercredi, novembre 30, 2005
utopie
mardi, novembre 29, 2005
lundi, novembre 28, 2005
visite médicale
J'ai revu ce monsieur 2 mois après et il m'a avoué en toute confidentialité qu'il quittait la visite médicale et qu'il reprenait ses études.
C'est étrange, depuis quelques temps, plus personne ne vient me présenter des neuroleptiques ou des antidépresseurs; c'est un peu dommage car je me réjouissais de massacrer leurs produits et de leur annoncer fièrement ma statistique: 0 antidépresseur, 2 neuroleptiques pour troubles congénitaux.
Tant pis, je me rabats sur les patients du confrère concurrent égarés chez moi: je leur fais lire tous les effets secondaires indésirables de leur produit. Et comme je suis le seul dans le coin à avoir cette attitude, il me regardent comme si je venais de Saturne.
dimanche, novembre 27, 2005
cursus
Pourquoi j'ai voulu être médecin: en terminale je voulais être psychologue ou psychiatre pour comprendre le pourquoi et le comment des choses. Après être passé par la case protestantisme où le prédicateur nous demandait de croire sans réfléchir et par celle de la philosophie où j'ai passé mon année à jouer au morpion (il n'y a que Papa Freud qui m'a semblé accessible et m'a apporté un début de réponse), j'ai essayé la médecine.
Et puis devant la beauté de l'histologie (étude des tissus) et de l'embryologie ( les fameuses brioches au four), j'ai viré de bord et choisi la médecine concrète.
En 4è année j'étais très intéressé par ce que l'on pouvait nous dire en psychiatrie, mais en guise de réponse je n'ai eu que des listes de symptômes avec comme corollaires benzodiazépines, neuroleptiques et antidépresseurs pour tout le monde; et pour les récalcitrants, un rappel des cures d'insuline (passées de mode), de sommeil et des électrochocs qui se faisaient parfois encore sans anesthésie il y a quelques années.
vendredi, novembre 25, 2005
quotidien
Parfois, les journées d'un médecin sont un peu monotones, ponctuées de sourires d'enfants; j'adore quand un petit gosse déclare: "c'est mon docteur", et se guérit tout seul le soir même de la consultation... Une maman m'a dit:" je ne comprends pas docteur, vous dites que ma fille n'a rien, et le lendemain elle est guérie et quand je vois un autre docteur, ça traine". C'est très agréable à entendre mais aussi difficile à assumer.
En fait, la communication à mon sens est l'essentiel du traitement et si le courant ne passe pas entre un patient et moi, je suis heureux, soulagé (et un poil vexé aussi peut-être) qu'il ait choisi finalement le mode de communication plus bourgeois incarné par le confrère-concurrent.
J'ai suivi une patiente qui est tombé soudain dans une dépression grave: avec de l'atarax, du lithium, du Dstress (et interdiction de conduire car elle avait des tendances suicidaires au volant), et aussi avec ma psychothérapie de soutien. Elle a doucement remontée la pente: le plus drôle est qu'elle suivait à la lettre mon régime à base de poissons gras et de féculents (hareng-pommes de terre-huile de colza), et qu'elle s'attirait des remarques gentiment ironiques de son mari (qui était, je le subodore un peu vexé que le courant passe aussi bien entre nous). Depuis elle ne me voit plus que pour ses enfants et fait comme si rien ne s'était passé: mais elle va bien, je respecte son choix de ne plus s'épancher sur ses soucis.
jeudi, novembre 24, 2005
la tenue adéquate pour un généraliste
L'habit ne fait pas le moine mais fait-il le médecin? Costard, cravate, éternel sourire de bon aloi affiché, et certains patients tombent dans le panneau, surtout si le-dit médecin roule en Daimler!
Quand je travaillais au SAMU, un des médecins avait son nom imprimé sur son T-shirt et cela m'en imposait bizarrement.
La patientèle donc se trie d'elle-même. C'est sûr qu'avec mes tenues sportwear, et ma clio, les patientes très collet-monté ne viennent plus; elles préfèrent le confrère-concurrent qui présente tous les signes extérieurs d'une richesse rassurante...
C'est comme avec le jargon médical: plus il est abstrus (=abscons, obscur), plus les patients ont l'impression d'avoir une maladie rare qui sera difficile à soigner et pour laquelle il faudra se battre vaillamment. Nous revoilà à l'époque de Molière, où plus les médecins n'y connaissent rien, plus ils cataloguent avec enthousiasme..."et le seul traitement est la cortisone ou les antidépresseurs"
mardi, novembre 22, 2005
Tranxène
lundi, novembre 21, 2005
point de non-retour
Toujours dans la même veine, les généralistes mériteraient bien de recevoir des cours et des travaux pratiques sur quand arrêter les soins chez les cas désespérés: il arrive trop souvent que l'on s'acharne sur le pauvre agonisant, prises de sang, aller-retours à l'hôpital du coin (on se "refile la patate chaude", on "ouvre son parapluie"), alors que les pauvres veulent juste qu'on les laisse en paix. Il faut savoir confronter un mourant et ce n'est pas toujours facile.
Les familles sont perturbées au prorata du nombre de pas de valse imposés au malheureux, et quand le type décède, parfois pas un seul médecin pour expliquer les choses, mais l'incontournable facture du forfait hospitalier: "vous passerez au bureau des sorties (c'est souvent le même que celui des admissions, cruelle ironie...).
30 minutes de discussions, d'explications auprès de la famille peuvent éviter des procès et on a la satisfaction de les voir repartir rassérénés, tout ce qu'on peut leur souhaiter: étape terminée, close, ils peuvent repartir dans vie malheureux, mais non troublés et avec le sentiment d'avoir fait ce qu'il fallait.
dimanche, novembre 20, 2005
gabegie
Ce qui coûte cher à la sécu, c'est l'acharnement des médecins à diagnostiquer et soigner les vieilles dames atteintes d'un mal incurable: on sait qu'elle a par exemple un cancer du côlon inopérable au vu de l'état général et on:
--scannérise des pieds à la tête
--échographie tout
--prend du sang pour moult examens
--scintigraphise le corps
--et jusqu'à il y a peu, le lavement baryté était de rigueur: on faisait un régime, avalait un "délicieux produit", on se "vidait" et tout cela accélérait souvent l'inéluctable.
Et quand on change de service la totalité de ces examens est parfois refaite "les autres médecins sont des ânes"
A fortiori, quand c'est un généraliste installé qui initie les examens paracliniques. Vexant. J'ai le cas d'une femme de 42 ans chez qui le radiologue du coin avait diagnostiqué un cancer du sein: l'image ne laissait subsister aucun doute. Le gynéco lui a fait refaire les clichés dans une clinique "à la pointe", ce qui a demandé un mois de délai. Perte de chance d'un mois!
Et moi qui vais recevoir une semonce pour quelques antibiotiques de trop...Il faudra que je lui rappelle que ne prescrivant pas de stilnox, j'ai plus de chance en pourcentage d'avoir des bronchiteux. Et puis... je ne vais pas me justifier, non mais!
samedi, novembre 19, 2005
médecins de la sécu
vendredi, novembre 18, 2005
santé des médecins
Elle n'est pas terrible la santé des confrères: en un an, 3 infarctus, une myocardite, 2 bronchites chroniques et beaucoup sous anti-cholestérolémiants (que l'on se rassure, ils fréquentent quand même les restaurants gastronomiques, redemandent du fromage et le pousse-café surtout quand c'est du vieil Armagnac). Bref, au 1er infarctus je suis parti en chasse d'une mutuelle.
Dans le même ordre d'idée je ne fais plus de ski: on peut se casser une jambe! Et qui dit fracture dit arrêt de travail de 2 mois au moins. Donc je suis raisonnable, me couche à des heures décentes, équilibre ma nourriture et prends des vitamines. Evidemment il y a un peu de fantaisie mais cela ne fait pas partie de ma vie sociale...
En théorie on ne devrait pas être trop fâché que les confrères-concurrents tombent comme des mouches mais la pénurie de médecins est telle que cela fait peur et l'on invente des scénarios-catastrophe où l'on est obligé de travailler 18h sur 24, en avalant des barres hyper-protéinées en voiture et en acceptant le café chez des patients affables. Et puis on ressent quand même de la sympathie pour nos pairs!
mercredi, novembre 16, 2005
Hier j'ai reçu un enfant de 13 ans, sa mère et la fille de 18 ans; il n'osait pas me regarder. Et la mère commence
"il pose un tas de questions docteur, il compte les centimètres entre la chaise et le mur, la chambre est trop bien rangée. Nous n'en pouvons plus". Et la fille de renchérir: "serait-il atteint de tics ou de TOC?". J'ai eu une vague de pitié pour le jeune garçon (le pauvre a fondu en larmes à ce moment précis) à qui son entourage voulait à tout prix mettre une étiquette.
J'ai expliqué à la maman combien cela serait nocif de prendre cette voie-là, que cela pourrait le poursuivre toute sa vie et que le maître mot était de l'occuper, le sortir, aller s'occuper des abeilles, aller à la chasse, aux champignons etc...et de mettre l'accent sur ses aptitudes et non sur ses troubles: ceux-ci se manifestent essentiellement dans le petit appartement familial où il s'ennuie et "bêtifie"et disparaissent ailleurs.
je souhaiterais qu'avec mon intervention la vie de ce jeune homme se transforme en tourbillon endiablé et que plus tard ses petits travers se transforment en "plus" pour son travail. la suite nous le dira.
lundi, novembre 14, 2005
horreur
dimanche, novembre 13, 2005
médicaments
samedi, novembre 12, 2005
aujourd'hui, pas de quartier, matinée très chargée ponctuée de rires et de pleurs de bébés (la petite tornade qui fait ses dents), de toux en tout genre,de deals ("une fraise tagada et tu ouvres la bouche") et puis une charmante post-adolescente de 19 ans dans tous ses états à cause de l'ambiance familiale (les familles reconstituées...). Elle avait besoin de s'épancher et ne trouvait que le médecin pour cela: les curés, finis; les psychologues trop chers, non remboursés et n'ayant pas toujours bonne presse et les psychiatres trop "médicalisants". Elle est quand même repartie avec une ordonance de Vagostabyl (tranquillisant à base de plantes), bonne illustration du fait que les médecins français prescrivent; l'éducation en fac est là: à tel symptôme correspond tel médicament, à telle enseigne que nous sommes les champions du monde des prescriptions.
vendredi, novembre 11, 2005
Tranquillité
C'est un plaisir d'exercer à la campagne; du temps de mes jeunes années à Saint-Denis, il m'est arrivé de passer par la fenêtre, ayant pris soin d'enfermer une patiente apeurée de l'intérieur afin d'aller chercher de l'aide auprès du policier du coin: un toxicomane en manque exigeait son ordonnance (qu'il avait bien évidemment "perdue" au sortir du cabinet) en criant et en "cambriolant" le coin pharmacie que le médecin installé avait malheureusement placé à l'extérieur du cabinet. Depuis je ne fais plus de la gym qu'en salle ou sur un mur d'escalade, les patients sont courtois et les toxicos relégués dans des centres spécialisés sauf quand ils viennent pour une bronchite: même mon confrère-concurrent a jeté l'éponge et ne prescrit plus de subutex (médicament de substitution de l'héroïne): ingérable, menace d'infarctus pour lui à chaque impondérable.
jeudi, novembre 10, 2005
gestion du temps
le problème chez un généraliste est la gestion du temps: comment concilier la vie de famille, les patients, le sport bien mérité après le travail et le reste.
Le dr Schweitzer (Albert, celui qui avait créé un dispensaire à Lambaréné, Afrique Equatoriale française), ne cessait d'affirmer qu'on se repose d'un travail par un autre, sentence que je suis à la lettre.
j'ai calculé en combien de temps, après une journée difficile, les endorphines (substances générées par le cerveau lors d'un effort physique ayant une composition similaire à celle de la morphine) arrivaient à mon cerveau en stepper (appareil qui sert à grimper tout en restant sur place): 13 mn, pour que la pression descende et que j'atteigne un calme libérateur! Une boulimique de mes connaissances a besoin elle d'une heure.
Muni de ces données, je "casse les pieds" à toute ma patientèle qui se moque parfois de moi gentiment. En tout cas ce qui est vrai, vérifié et démontré, c'est qu'un sportif tombe moins facilement malade, et que ma tendre moitié me trouve moins grognon et que je ne m'écroule pas sur le lit abruti d'un calmant quelconque sans possibilité de "communiquer agréablement".
mercredi, novembre 09, 2005
appel à témoin
aujourd'hui j'ai rencontré un écrivain qui rédige un livre sur les psychotropes et les enfants; il lui faudrait encore quelques témoignages concernant des enfants qui avaient été mis sous calmants et pour lesquels le traitement avait été retiré.
si cela intéresse quelqu'un...
mardi, novembre 08, 2005
la ritaline
Ce jour, j'étais au téléphone avec un neurologue très grave et très sérieux concernant un patient atteint de chorée de Huttington (le type tremble et perd un peu la tête, ceci pour les profanes); un nourrisson de 14 mois trônait plein de vie sur la table d'examen, riait de ses 4 dents et faisait la fête avec le drap en papier. A la fin de l'examen, la maman me demande inquiète:" Ne croyez-vous pas que mon fils est atteint d'hyperactivité docteur?"
"Madame, lui ai-je répondu, l'hyperactivité a été inventée par les psychiatres et les laboratoires pour vendre la ritaline". Je n'étais pas sûr de toute la véracité de cette assertion, mais la patiente est ressortie rassérénée et munie de tas de conseils pour apprivoiser cette petite tornade que somme toute je trouvais extrêmement sympathique. A quand ma petite tornade à moi? Je vais de ce pas en référer à mon épouse. Bonsoir!
les labos
ce soir, après 39 patients , je fais une visite à domicile, tombe sur une boite de cyclines contre l'acné qui s'orne d'un dessin abstrait. Regardant de plus près, je m'exclame devant les deux jouvencelles jumelles vierges de 15 ans et leur maman: "mais il y a un homme à poil!" (discrétement je vérifie jusqu'où va le réalisme du dessin: la morale est sauve, l'homme est asexué). Et de leur faire un cours sur les messages subliminaux distillés par les laboratoires.
En fait je tiens à ce que mes patients soient acteurs de leur traitement, connaissent leur pathologie , soient au courant des effets secondaires de leur traitement, et ne se fourvoient pas dans des chemins qui produisent des résultats aléatoires et ceux qui refusent de se prêter à ce jeu vont chez mon confrère concurrent. Celui-ci étant peu ravi de la transformation lente mais sûre de sa clientèle, nous avons dû faire cabinet à part. A lui tous les grincheux, à moi les jeunes demoiselles, les enfants et les "autres penseurs" de tous bords.
dimanche, novembre 06, 2005
dimanche en famille
En général on ne pense pas que lorsque le médecin a fini de travailler, il travaille encore: la rhino du voisin, le certificat de sport d'un ami, la crise d'hystérie dans le train etc. J'ai éduqué mon fils à dire en vacances: "mon papa fait du bricolage et du ménage".
On n'est jamais à l'abri d'une vieille dame de nos connaissances inquiète qui nous demande "il est bien mon traitement docteur?"; et là on veut être poli, passer ses idées et en même temps ne plus penser au travail... et puis non, je ne peux pas laisser cette pauvre patiente dans l'ignorance de ce que je pense! même si je suis presque seul à le penser, il faut bien que quelqu'un lui dise autre chose que la pensée unique enseignée dans les facs, martelée par les labos et enfoncée dans le cerveau par la télé.
Donc son 1/2 effexor, médicament "très doux" selon son médecin, n'est pas ressorti indemne de mes remarques.
vendredi, novembre 04, 2005
repas labo
réunion au sommet hier soir offert gracieusement par un un labo-distributeur de pilules médical. Théoriquement, nous abordons les sujets importants, comme le coût du médicament, le bénéfice pour le patient, pratiquement c'est celui des confrères (et de moi), avec le punch, le rouge, le rosé et tout et tout. Mais fait rare, les conjoints étaient invités, et ma moitié ne s'est pas privé de lorgner dans les verres et de me faire comprendre qu'à certaines heures de la journée, le diagnostic n'est plus aussi sûr pour certains... à ce point j'ai arrété le punch à mi-verre et fait preuve de bonne volonté pour éviter que ses remarques ne finissent par m'englober.
jeudi, novembre 03, 2005
folle journée de travail
le travail d'un médecin pas trop môche de sa personne: évincer avec adresse ses patientes sans qu'elles ne filent chez le confrère-concurrent. Mission réussie ce qui évidemment ne déplait pas à ma moitié.
j'ai toujours pensé que le but de mon travail était de faire en sorte que les patients soient assez en forme et/ou assez autonome pour n'avoir plus besoin de moi.
encore ce matin: "comment, madame vous venez pour la 3ème fois ce mois! il y a quelque chose qui ne va pas", et à ce point ou elle devient une inconditionnelle, ou elle file chez le confrère- concurrent; à voir. Et la règle est surtout de ne jamais prescrire de stilnox même pour avoir la paix: celle-ci ne serait que de 28 jours et après rebelote il faut renouveler le petit cachet de madame Je-ne-peux-dormir-sans. Evidemment quand je rentre à la maison et que mon coeur adoré me demande combien j'ai gagné, la honte m'envahit, je sabote le métier, je ne fidélise pas la clientèle. voici la raison de mes coups de blues.
mercredi, novembre 02, 2005
retour de WE
Week-end culturel, chateau du roi René à Angers avec la Tapisserie de l'Apocalypse: on se laisserait presque aller à rêver avec délice à la vie d'autrefois où le temps ne prenait pas la même importance, où les valeurs n'étaient pas non plus les mêmes, où il n'y avait pas de petites pilules de toutes les couleurs (le noctran avec ses 3 couleurs me fascinait autrefois, sorte de bonbon défendu car donnant l'illusion d'un bien-être factice et en plus seulement pour quelques heures).
Demain je retourne au travail, au "chagrin", au taf, au turbin, à mes chers patients plutôt qui ont préféré patienter pour leur angine plutôt que de voir le médecin de garde à leur goût très "tisanier" (paroles de patients);