samedi, décembre 31, 2005

orthorexie

Dans le Quotidien du Médecin il est décrit un nouveau syndrôme: l'orthorexie. Qu'est-ce, je vous le donne en mille, c'est l'obsession de se nourrir correctement! Pour justifier cette nouvelle maladie, il est spécifié que le patient passe une partie de son temps à vouloir manger sain au détriment du reste. Avec les 2 mouches mortes que j'avais découvertes dans une tourtefeuille savoyarde de chez Marie (des petites noires qui auraient pu me donner des proteïnes) j'aurais pu souffrir gravement de ce trouble, et aussi quand mon fils faisait de l'eczéma tout petit et qu'il n'y eu que l'éviction du lait qui le guérit.
On pourrait créer un autre syndrôme: l'orthographie qui est l'obsession à bien écrire français. Pour le coup j'en souffre et le Petit Robert aussi car il a trôné à la place de ma douce dans mon lit depuis 1988 et il y a fait des cabrioles quand je me retournais avant que celle-ci n'entre dans ma vie. J'ai racheté un Larousse et je ne prendrai pas de prozac comme la gent psychiatrique le préconise en cas de "mental disorder". J'assume.

vendredi, décembre 30, 2005

déclaration de suicide

Ce jour, neige puis verglas et les inévitables chutes dont une en sortant du bistrot du coin...Le patient arrive chez moi, conseillé par la "tenancière" (j'ai un ticket avec elle), le bras en écharpe: fracture du petit bout du radius, même pas besoin d'une radio. Mais à notre époque, ayant une obligation de moyens, il faut faire des radios. Mais je suis sûr de mon diagnostic, na!
Ensuite une patiente qui déprime mais qui ne veut pas dévoiler ses soucis et qui me prévient qu'elle va passer à l'acte, que la seule chose qui la retient est la présence de ses enfants. Je lui rappelle égoïstement que ma stat de suicidés étant égale à 0, elle est priée de sauvegarder la virginité de cette dernière. Mon argument a-t-il été percutant? la suite nous le dira. Un arrêt de travail, un peu d'euphytose (tranquillisant), un peu de millepertuis (antidépresseur) et je souhaite la revoir bientôt. C'est une patiente que je connais depuis 5 ans; un jour j'ai reçu des mots d'amour dans un SMS parce qu'elle s'était trompée de numéro de téléphone!

jeudi, décembre 29, 2005

"cochonnerie"

La psy égarée ne fera plus de psychiatrie, son foie n'est pas cirrhosé et je fais amende honorable: effectivement elle ne boit pas. Pour une fois qu'elle consultait un médecin, elle est servie!Pendant qu'elle faisait son échographie, le radiologue ne sachant pas qu'il s'adressait à un médecin s'est servi du langage habituellement inintelligible pour un profane mais qui signe l'arrêt de mort du patient: "foie secondaire","primitif dans le rectum", "tâche sur le sein","épanchement dans le péritoine". A ce niveau on peut commencer à prendre la pelle et creuser. J'ai parlé de "cochonnerie dans le rectum"; le mot tabou de cancer n'est pas sorti de la bouche ni de la patiente, ni de son mari, ni du médecin. J'ai juste conseillé de serrer les dents de de s'accrocher.
C'est prouvé que les cordonniers sont les plus mal chaussés; les médecins ne sont pas mieux lotis.

mercredi, décembre 28, 2005

remplaçants

Parfois les remplaçants ont des us et coutumes particuliers: un de ces oiseaux rares faisait une petite sièste pour se ressourcer dans l'après midi et à midi déjeunait agréablement devant les informations de 13 heures. Pendant ce temps je cavalais pour faire les visites qu'il avait refusées et trouvais parfois les patients bouleversés et une en pleurs (c'était le remplaçant de mon confrère). Puis je revenais au cabinet, le trouvais en train de dormir comme un bébé, presque attendrissant(!). A la fin de la semaine il s'est mis à critiquer mon organisation et celle de mon confrère:"vous ne prenez pas le temps de manger, il faudrait refuser les patients le soir après 19h, les prendre toutes les 20 minutes...". Puis un soir j'ai quitté le cabinet à 19h30, à 19h40 deux types en cagoules avec un pistolet se sont pointés, lui ont pris son porte-monnaie, ses affaires médicales et se sont enfuis (sa ceinture noire de Karaté ne lui a pas servie. J'ai toujours pensé que c'était un réglement de compte: les enfants d'une vieille dame négligée...

mardi, décembre 27, 2005

déclaration du choix du patient

Ce jour, j'ai reçu mes statistiques de la caisse d'assurance maladie (celle-ci sait ce que chaque médecin coûte à la société à l'euro près). Bingo! deux fois moins de médicaments que les confrères et ma clientèle n'en est pas plus malade pour autant. Et comme j'ai rappelé à une psychiatre égarée dans mon cabinet (qui m'assurait ne pas picoler mais j'ai eu des doutes en palpant son foie gros et grumeleux): " pas de prozac, pas de temesta ni lexomil ni suicide ni d'overdose chez moi!". Mais c'est un comportement un peu égoïste pour les copains: qu'est-ce qu'ils doivent avoir comme ruines en tout genre, qu'est-ce qu'ils doivent avaler comme couleuvres afin de survivre...
Je ne signe la déclaration de choix du médecin traitant qu'au feeling, et en ce qui concerne cette psy, je lui ai repoussé son papier fermement. L'essentiel n'est-il pas de se sentir bien dans ses converses?

dimanche, décembre 25, 2005

Après-Noël

Noël sympathique avec ma moitié, une bûche, du foie gras et des escargots et bien sûr du bicarbonate de soude (la pointe d'un couteau), 1/2 citron et un grand verre d'eau en guise de digestif et enfin "y a-t-il un pilote dans l'avion?". Le médecin de ce film a un moyen très efficace de soigner les crises d'hystéries, mieux qu'une injection de valium et moins sournois à mon goût (quoique plus percutant...)
Je soigne les patients comme je voudrais être soigné, et parfois cela n'est pas du goût de chacun:
-"Vous comprenez, je ne vous donne pas de calmants systématiquement, cela ne soigne rien du tout,"
-"pourquoi comme contraception ne quitteriez-vous pas le train en marche, cela serait plus naturel ?"
-"Ca fait 3 fois que je vous vois en 1 mois, n'y aurait-il pas un problème?"
Parfois les patients vont chez le médecin comme chez l'épicier ("vous m'en mettrez bien une boîte...") et je les regarde au mieux ironiquement quand ils sont sympathiques, au pire je leur propose de changer de médecin quand je perçois qu'ils considèrent que tout leur est dû.

samedi, décembre 24, 2005

Noël

Noël ce soir, apéro entre amis et petit repas en amoureux en attendant le reste de la marmaille demain (savante décomposition et recomposition très "in", je suis moderne moi).
Que signifie encore Noël aujourd'hui? business, flouze, oseille, blé, fric, pognon sur le dos des enfants (et de leurs parents bien évidemment), et tous ces arbres coupés qui me dérangent passablement (et les forêts?).
Les plus grandes scènes familiales que j'ai vues dans le cadre de mon travail (et autres) tombaient ce soir-là et pendant des années je me suis arrangé pour être de garde; quand j'étais jeune j'avais même trouvé à chanter dans la chorale protestante pour les gens défavorisés afin d'éviter les sempiternelles informations sur TF1 à 20 pile (que la famille regardait religieusement et silencieusement en ce jour saint) après un repas expédié, le couvert débarrassé pour 19h55. Rebelote le 31 décembre.
Je n'ai pas de "petite madeleine", dommage. (Cf Proust)

vendredi, décembre 23, 2005

recherche de collaborateur

Mon confrère-clone travaillant en flux tendu (50 patients/jour) et moi me récupérant tous les mécontents, il devient urgent de trouver un remplaçant ou un collaborateur. Sinon la spirale infernale va s'accentuer, les barres Gerlinéa avalées dans la voiture en vitesse vont finir par m'écoeurer, la petite famille va souffrir de mes absences et fini le sport!

Je viens de lire que le Déroxat (antidépresseur) a une extension d'indication, et c'est le stress post-traumatique (attentats, agression...). déjà il était préconisé dans l'anxiété généralisée. Il vont y arriver à "tout le monde aux antidépresseurs". J'ai été agressé plusieurs fois avec un couteau ou verbalement et le seul moyen que j'avais trouvé à l'époque pour effacer le malaise persistant avait été de "bassiner" mon entourage de mon expérience. Et cela fini par s'effacer! si on pouvait trouver une oreille compatissante à chaque fois qu'un évènement fâcheux se produit, on éviterait psy et psychotropes.

Un soir j'étais de garde et j'ai entendu une histoire horrible: une maman m'avouait que son fils et sa fille avaient des relations sexuelles (ensembles). Comme j'en étais malade et seul à l'époque, j'ai voulu appeler le SAMU pour trouver cette "oreille compatissante". Le médecin régulateur m'a tout de suite donné le numéro de Urgence psy pour les praticiens! J'ai vomi tripes et boyaux, n'ai pas pu finir ma garde et le lendemain enfin, une consoeur est arrivée, il s'est trouvé qu'il s'agissait de ses patients et j'ai enfin pu exprimer mon malaise.

mercredi, décembre 21, 2005

Géo Trouvetou

Pourquoi n'inventerait-on pas un appareil de radiologie portatif semblable à une lampe torche, à un bout les rayons sont émis, à l'autre l'image s'affiche? Ca pourrait être utile pour les petites fractures: il y aurait le minimum d'irradiation. Il pourrait être utilisé aussi en médecine de catastrophe, où on n'a pas forcément un cabinet de radio sous la main... Si quelqu'un arrive à cet exploit, je prends 10% (il faut bien vivre).

Je me serais bien vu autrefois "sorcier" avec un tas de potions, j'adore les plantes. Il y aurait dans mon antre des chaudrons, des alambics, des peaux de serpent et de grenouille accrochées aux murs, une pénombre savamment contrôlée par des chandelles. La médecine actuelle, c'est trop simple, des cachetons, des arrêts de travail, des prises de sang et des radios (et le harcèlement de la sécu...). Pas une once d'ésotérisme, d'aventure surtout en cette époque où le corps a pris la place de l'esprit et est déifié, adoré, idolâtré.

mardi, décembre 20, 2005

dissidence

Encore des patients de mon confrère-concurrent (genre clone selon les critères du Blog de Max) qui veulent le quitter:
--"Vous comprenez docteur, il est trop rapide, il n'écoute pas les gens, il fait des erreurs, c'est "monsieur 20 euros" (on lui tend la main, lui répond "c'est 20 euros"), il y a trop de monde".
Je n'ose rien dire à ce moment, sachant que le jour où il faudra "célebrer mes obsèques" ils seront aux premières loges et rajouteront même de la terre. Donc, intelligemment (si possible) je leur explique combien je suis un médecin farfelu, non conformiste et pas toujours en accord avec les données de la science actuelle (qui dit qu'à chaque symptôme correspond un traitement médicamenteux, chimique de préférence) et surtout je leur propose de réfléchir avant de signer le formulaire de choix du médecin. N'ayant pas dû être assez sérieux pour eux je ne pense pas les avoir convaincus et peut-être retourneront-ils voir le confrère-clone.

lundi, décembre 19, 2005

stakhanovisme

Aujourd'hui 41 patients, je frise la saturation...
Un patient de mon confrère-concurrent vient en consultation et se dit fâché contre ce dernier: divergence d'opinion. Fort d'une technique éprouvée qui m'a fait perdre un cinquième de ma clientèle il y a un an je lui réponds "je veux bien vous prendre comme patient, mais il faut savoir que je ne prescris ni témesta, ni prozac, ni stilnox". Et il me répond: "oh mais docteur, je ne prends pas tout cela, nous sommes contre ma femme et moi". Raté, un de plus!
Il faut absolument que je trouve un collaborateur ayant la même optique que moi concernant les traitements, les soins apportés aux patients sinon je frise le "burn out" (nouveau syndrôme désignant les médecins libéraux débordés qui "pètent à moitié un cable" selon ma définition) et une secrétaire pour la tenue du cabinet.
Avis aux amateurs...

dimanche, décembre 18, 2005

garde

Garde ce jour: ma douce et mon fils me voient en coup de vent et sont de très bonne composition car cela chamboule le programme familial. Au menu, otites et gastros.
C'est beaucoup plus reposant que le jour où le SAMU m'appelle pour une patiente voulant se défenestrer; j'arrive chez elle, les flics planqués dans la cage d'escalier parce que le mari violent les a menacés (mais moi, je ne pouvais pas me planquer...); elle me supplie:"docteur, laissez-moi monter en haut de l'escalier, j'ouvre la trappe et vous n'entendrez plus parler de moi". Parlementations longues avec elle, puis le mari qui me fout dehors, envoie valser le portable qui se casse (on entend le Poum). Je réussis à rentrer à nouveau pour emmener la patiente à l'hôpital du coin (elle portait des hématomes causés par les "douces attentions" de son mari).
J'ai appris qu'elle s'était échappée de l'hôpital à peine j'avais le dos tourné. Mais elle ne s'est pas suicidée! Elle prenait un mélange savant dispensé par le psychiatre du coin à savoir: témesta, anafranil, tercian, noctran et tout ceci à des doses non homéopathiques.
J'ai rajouté une adresse qui me semble intéressante.

samedi, décembre 17, 2005

demandes abusives

Hier un jeune homme (que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam) se présente sans rendez-vous:

-"je viens chercher un arrêt de travail car j'étais malade ce matin, je n'arrivais pas à me lever"
Je tente une conciliation en lui demandant si je le connais, lui ou un autre membre de sa famille; non il est suivi par un autre médecin, mais faire 3 km en voiture était trop pénible (sic) pour lui. Et en plus il n'a pas dégainé le laisser-passer à savoir 20 euros! J'ai passé 5 mn à lui expliquer la réforme de la sécu, ce qui n'a pas trop été de son goût.
Autrefois j'ai déjà eu une demande d'arrêt de travail parce que le patient avait prolongé ses vacances, une demande d'arrêt de la part de quelqu'un qui passait ses vacances à Nice et qui ne voulait pas voir un médecin autochtone et d'autres demandes farfelues diverses et variées. Je n'ai pas encore eu à faire de certificats de virginité mais dans certaines banlieues c'est très à la mode.

jeudi, décembre 15, 2005

traitement d'urgence

Il y a deux mois j'ai été appelé au chevet d'une patiente très perturbée qui croyait "entendre des voix" et qui voulait absolument "s'en occuper". Le mari était très inquiet pour son épouse et prêt à la faire hospitaliser si son état le nécessitait. J'ai communiqué longuement et très simplement avec elle ai réglé ses différents avec sa fille présente, lui ai donné du stresam en espérant que tout ceci l'améliorerait. j'ai croisé les doigts...Ce jour je vois son mari pour une rhino, la patiente attendant dans la salle d'attente ne voulant surtout pas me consulter. J'ai appris qu'elle allait bien et qu'elle avait arrêté sa médication. Ce n'est pas facile de sortir des sentiers battus; il y a quelques années cela aurait peut-être fini en injection de valium, ou avec un autre médecin, en SAMU aux urgences psy. Ce n'est pas gagné pour la vie, mais cela lui permet de s'occuper de ses 4 enfants avec le moins de dommages collatéraux.
La médecine français est tournée vers la prescription, les jeunes médecins apprennent cela très jeunes. La psychologie de base toute bête (savoir communiquer, écouter, comprendre) est passée à la trappe, du moins pour les facs que j'ai connues.

mercredi, décembre 14, 2005

trompe l'oeil

Parfois au sport, je croise des femmes et des hommes qui ont l'air d'avoir tout pour eux: le charme et le statut social pour les unes, les muscles, la santé et les succès féminins pour les autres. Et dans la plupart des cas, je découvre la faille: anorexie et troubles du comportement alimentaire, solitude, maladies chroniques, problèmes conjugaux et autres. En particulier un type du genre viking, musclé comme j'aimerais l'être (je sais, la jalousie est un vilain défaut...) . tout a l'air de lui réussir, femme et fille charmante, profession honorable (dans l'armement). Le hic, c'est qu'il est antimilitariste, qu'il ne reste avec sa femme que par lâcheté, habitude et paresse: un psychologue y perdrait son latin à s'en occuper, et moi mes illusions que tout le monde peut s'améliorer. Finalement, avec ma douce, mon fils et les patients sympathiques qui mettent en majorité de la bonne volonté pour se guérir, je ne suis pas si mal loti après tout(ne montrons pas ce blog à mon épouse). Tant pis, j'en aiderai d'autres qui veulent être aidés et qui ont plus de c...

mardi, décembre 13, 2005

Idées reçues

Les patients, quand leur enfant est malade rejettent la plupart du temps la faute sur le temps qui change constamment (pratique...) et j'entends en permanence des phrases genre: "il y a eu un courant d'air, il l'a attrapé", "il a attrapé froid" et aussi en quittant mon cabinet: "mets ton bonnet, ton écharpe, tes gants, tu vas attraper la mort" (et pour rire, je dis à mon fils:"mets ton protège guigui et ton protège cu-cu"). Il n'y a pourtant rien de médical dans ces aphorismes et ces assertions.
La médecine, elle dit que les maladies hivernales sont causées par un virus, moins souvent par une bactérie.
L'homéopathie dit que le terrain était propice à l'infection...
Nous subissons malheureusement la pensée unique médicale digne de la Scholastique du moyen Age et disons en général aux patients: "c'est un virus".
Je pense moi, personnellement et humblement qu'il y a encore quelques progrès à faire dans la recherche pour déterminer la cause exacte des maladie...je sais tout simplement que lorsque je dis à un patient "ça ira mieux" avec conviction, dans 50% des cas il s'améliore.

dimanche, décembre 11, 2005

Manipulation des masses

J'en ai connu des toxicos: centrés sur leur petite personne, sur leurs états d'âmes, leur manque... Pendant ce temps, le monde peut bien s'écrouler, la petite amie se tirer, on se prend un fix (injection d'héroïne) et ça repart, les difficultés se dissolvent. Même remarque pour les benzodiazépines et antidépresseurs: ces produits introvertissent un max alors que le maitre-mot de ma consultation est: "je vous veux réveillée, fraiche et légère!".
Maintenant imaginons un monde où "la france d'en bas" est shootée: les décideurs ont les coudées franches et peuvent prendre n'importe quelle décision, personne ne contestera. On y arrive, on y arrive, et en prenant les enfants au berceau et en les gavant de drogues psychiatriques, la France deviendra un immense gateau que quelques uns se partageront; ça sera leur terrain de jeu à la façon de "Demolition Man". Que deviendront Liberté-Egalité-Fraternité et les droits de l'homme?
Avec toutes mes idées pourtant, mon cabinet ne désemplit pas; il faut croire que les gens au fond d'eux-mêmes savent que je n'ai pas tout à fait tort. Même les gens à qui j'ai refusé de prescrire m'envoient des membres de leur famille, et, grand prince je les soigne du mieux que je le peux.

samedi, décembre 10, 2005

Témesta chéri

La patiente au Temesta chéri est venue me consulter! Elle m'a demandé pourquoi je ne prescrivais pas... Je lui réponds comme depuis 3 ans :"ce sont mes convictions personnelles", et elle me rétorque en baissant le ton:" mais vous n'avez pas eu de problèmes docteur avec la sécu qui vous reprocherait de trop prescrire?". Je lui ai promis que la prochaine fois je viendrai chez elle avec une bombe pour tagger NON sur le mur de sa salle à manger et l'ai accusée de harcèlement (Elle me téléphone chaque jour pour une raison ou une autre). Puis lui ai proposé de changer de médecin. mais ce n'est pas seulement au Témesta qu'elle est accro. je me demande ce qu'elle me trouve et je n'ai pas trop envie de le savoir.
C'est la dernière rebelle de mon cabinet, tous les autres ont compris le bien fondé de mes non-prescriptions.
PS: ma douce me demande si elle préfère le témesta-purée ou le témesta-chou-fleur ou si un librium-vodka ne serait pas plus indiqué...(merci Alex Metayer).

vendredi, décembre 09, 2005

patientèle

Une amie pendant mes études, complètement hystérique (les hommes se battaient pour elle à coup de bombe lacrymogène, elle donnait des coups de fil anonymes et ses jupes n'étaient jamais assez courtes; elle faisait à ceux qui la regardaient des yeux à la Candy) m'avait dit qu'il y a dans la vie les forts et les faibles (elle se disait faible). Moi, je pense qu'il y a ceux qui ne pensent pas, qui regardent Star academy, La Roue de la Fortune et qui ont beaucoup de cerveau disponible pour les annonceurs, les journalistes de télé et ceux qui ont la sensation que le monde ne tourne pas absolument comme il le devrait (ceux qui se sentent un peu décalés). Et c'est cette dernière classe qui fréquente de plus en plus mon cabinet; j'adore! Evidemment il y a le risque de tomber sur des illuminés, des gens appartenant à des groupes religieux minoritaires très étranges, des farfelus mais les consultations peuvent devenir passionnantes et enrichissantes (spirituellement parlant!).
Un jour j'ai reçu un laboratoire; ce monsieur entre deux arguments en faveur d'un laxatif tentait de me "fourguer" son Evangélisme du 7ème jour. Je lui ai expliqué qu'on "fait de la médecine ici mossieur".

jeudi, décembre 08, 2005

liberté de prescription

Une patiente de 78 ans m'a quitté; depuis 3 ans je refusais de lui prescrire Son Témesta. Parfois elle me disait qu'elle avait encore des réserves au cas où, un jour elle me dit "une boite s'il vous plait docteur, je ne le dirai à personne, cela ne se saura pas". Il y a une semaine elle me jure que je suis Son docteur, puis il y a 2 jours que le cardiologue lui a Ordonné son comprimé et qu'elle est Obligée de le prendre. Comme je restais sur mes positions, elle me retéléphone pour me dire que ce n'est pas la peine que je vienne mardi. Largué!
Théoriquement chaque médecin est libre de ses prescriptions, mais pratiquement quand j'ai décidé de ne plus prescrire de benzodiazépines, il y en a eu des grincements de dents, de la part des patients et des confrères qui ne me l'ont pourtant pas dit en face (respectueux ou couards?).
Concernant les enfants étiqueté hyperactifs le généraliste devra renouveler la ritaline sans changement de posologie. Encore des batailles en perspectives. Parfois j'aurais envie de baisser les bras, mais non, continuons le combat. Je me sens l'esprit libre depuis ce changement de voie.

mardi, décembre 06, 2005

l'amour vache

Quand j'étais jeune remplaçant inexpérimenté, je recevais souvent une patiente présentant fréquemment des problèmes gynécologiques, vétue de strings affriolants et de bas résille. Un jour elle m'avoue que son mari la frappe régulièrement et la traite de folle. Je suis choqué par les marques de coups présentes sur les épaules et dans le dos et accepte de l'accompagner au commissariat, où finalement, après mûre réflexion elle ne porte pas plainte. 3 jours après, un psychiatre me téléphone car il a en face de lui monsieur et madame sus-cités, monsieur voulant interner madame sur le champ pour hystérie. Ayant une intuition soudaine, je dis au psy: "c'est un couple sado-maso monsieur, ils prennent du plaisir au mélodrame". Il parait que le psy est revenu en face du couple tout égrillard et les a viré en deux temps un mouvement!
Une semaine plus tard, j'ai revu le couple bras-dessus bras-dessous: "nous avons fait la paix docteur". J'ai décidé de ne plus donner un seul conseil concernant un couple à ce moment.

lundi, décembre 05, 2005

cadeaux

Parfois les patients offrent des objets non conventionnels à leur médecin: cela va en général du bouquet de fleurs à un napperon, de la bouteille de porto (offerte par qui? une portugaise) à un ballotin de chocolat. Une fois une de mes consoeurs s'est fait payer en strings (achetés sur internet). Il y a aussi les fruits et légumes, les pots de confiture, les noix, les pots de fleurs, la viande de venaison, les oeufs, les boutures, les restes alimentaires des salons, le petit pot de miel, un tableau, bref, un inventaire à la Prévert. Ayant une soirée médecins ce jeudi (offerte par un labo évidemment), je vais mener mon enquête pour trouver les objets les plus farfelus qu'on leur ait offerts; je suis sûr que cela égayera l'atmosphère. En général la seule chose qui les déride a rapport avec le viagra mais "point trop n'en faut". Alors je garderai mes reparties et aurai une conversation digne de mon rang (si l'on peut dire).

dimanche, décembre 04, 2005

Famille quand tu nous tiens...

Hier, repas de famille un peu lugubre. Pour détendre l'atmosphère, j'ai confectionné à ma moitié une fleur avec les matériaux disponibles: sous-verre en papier, note d'Auchan, paille; communication rare au-dessus de la table, riche et solide en dessous (avec mon épouse!)...
J'ai rencontré un jeune homme qui a subi la torture électrique (électrochocs) il y a un an et demi. On ne me convaincra pas que c'est thérapeutique. La famille et les amis vivent en permanence dans l'espoir que "ça ira mieux" et que le gamin de 20 ans trouvera une raison de vivre. C'est dur de ne pas les détromper mais je connais assez de "sismothérapés" pour savoir ce qu'il en est. D'autant plus que le fond du problème a l'air d'être la dégradation progressive des relations familiales avec maltraitance ancienne. Qui, dans ces conditions mérite d'aller à l'asile? Question... Il faut avoir du courage pour mettre les pieds dans le plat, voir en face la situation telle qu'elle est et tirer sur les vrais coupables. Dans ce monde, qui peut jouer ce rôle? Places à pourvoir.

vendredi, décembre 02, 2005

réforme personnelle

Hier le morpion déboule dans mon bureau, vétu uniquement de sa culotte sur sa tête et, prenant la pose façon Travolta-Saturday Night Fever hurle: "la star". Déjà il se mettait le pot sur sur la tête à 2 ans en chantant "pipi-caca". N'y a-t-il pas moyen d'avoir un peu de sérieux dans cette maison?
J'ai proposé à Douste-Blazy il y a un an quelques mesures pour réduire le trou de la sécu:
-- ne plus rembourser les psychotropes actuellement distribués comme des petits bonbons, sauf s'ils sont prescrits par un psychiatre,
-- offrir un gadget aux assurés peu consommateurs de soins,
-- diminuer les taxes des salles de sport et assimilé,
--proposer un troisième palier de remboursement qui concerne les vitamines, les oméga3 , et tout ce qui peut aider à prévenir les maladies.
DB ne m'a jamais répondu.
J'ai rencontré la charmante doctoresse de la sécu et ai fait amende honorable "oui, je prescrirai du clamoxyl en première intention". Entre 2 recommandations, elle a trouvé le moyen de glisser une demande de dîner en tête-à-tête. C'est mon épouse qui a été ravie! Je vais me faire pardonner.