j'ai consulté trois petits patients accompagnés de leur maman. A la consultation suivante impossible de mettre la main sur l'otoscope malgré une fouille en règle du cabinet. En quittant la dernière patiente , je tombe sur la mère qui fait une drôle de tête en me rendant l'otoscope:
" Docteur, j'ai trouvé cela dans ma voiture, je suis désolé. vous voulez discuter avec mon fils aîné?" j'ai accepté, mais le gosse m'a juré mordicus que ce n'était pas lui, que l'otoscope était arrivé par hasard dans la voiture.
Plus tard j'ai trouvé le papier-toilette sur le bord de la fenêtre ouverte alors qu'il pleuvait à seaux. Il faudra que j'en cause à la mère. Malheureusement je ne ferais pas de pari sur son avenir, au gamin.
...
J'ai fini le rapport de l'assemblé parlementaire concernant les besoins de santé mentale:
--selon celui-ci le terme de "malade" en psychiatrie doit être changé pour le terme "usager". Malheureusement à mon sens, malade veut dire la plupart du temps que la condition va changer (guérison ou décès), usager sous-entend une notion de chronique, d'irrémédiable, et de "on n'y peut rien changer".
--il souligne l'importance de la nécessité d'associer les généralistes à l'élaboration de la législation en santé mentale, et propose de leur donner une formation solide; au secours! je veux faire de la médecine générale, pas de la psychiatrie!
-- il met en évidence un point qui peut paraître choquant: la loi française ne traite ni de la contention (attachement des patients) ni de "l'isolement" et considère que ces questions sont exclusivement médicales.
-- elle insiste sur le fait que les traitements doivent comprendre un large éventail d'activités de réhabilitation et thérapeutiques. Ce large éventail reste malheureusement à découvrir, car je connais un pauvre gosse qui n'a pas d'autre choix pour se sortir de "son marasme" que de prendre du solian (neuroleptique) et un antidépresseur.
D'ailleurs elle dit: "Trop souvent encore, le traitement prodigué à un patient consiste principalement en pharmacothérapie, soit par manque de personnel dûment qualifié et d'infrastructures appropriées, soi parce que persistent encore des philosophies fondées sur le contrôle et la surveillance des patients"
...
Et à la fin bien entendu on parle d'un budget cohérent: quinze pages pour demander des sous! C'est du beau! Commençons par faire du ménage dans ce domaine, les patients ne veulent pas forcément de meilleurs moyens de contention, ni que leurs psy partent aux Maldives pour se former aux frais des labos, ni de meilleures machines à électrochocs, ils veulent de la compassion, de l'écoute, de la compréhension, et ça c'est gratuit!